Une qualité de vie à l'orée de la forêt laurentienne
Une qualité de vie à l'orée de la forêt laurentienne

Une demeure en poésie

Lieux de mots, lieux de couleurs et de lumières

De Saint-Denys Garneau était mon cousin. Nous habitions la même campagne. La même campagne et le même été. Il habitait le paysage. Nous avons mis nos royaumes en commun : la même campagne, le même été. J’étais la plus petite. Il m’apprenait à voir la campagne. La lumière, la couleur, la forme : il les faisait surgir devant moi. Il appelait la lumière par son nom et la lumière lui répondait. Il détachait la couleur du monde pour un intense regard sur la couleur. La couleur s’avançait à l’appel de son regard, pour son regard et son jeu. La forme s’incarnait, distincte et pleine ou confondue et jointe à la couleur et à la lumière.

                                                                                                                                                Anne Hébert, décembre 1944

Anne Hébert

Le poète est une sorte de sourcier, sans baguette de coudrier, ni aucune baguette magique, qui se contente d’être attentif (à la pointe extrême de l’attention) au cheminement le plus lointain d’une source vive.

Anne Hébert est née à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier le premier août 1916. Elle y passe les étés de son enfance, faisant du théâtre avec des amis et son cousin Saint-Denys Garneau. Elle est décédée le 22 janvier 2000 à l’âge de 83 ans à Montréal. Femme d’écriture reconnue internationalement, elle accomplit, sans jamais renier ses lieux d’origine, une œuvre résolument moderne à résonance universelle. Sa poésie, qui se déploie sur près de soixante ans, offre aux gens de sa génération une vision de la réalité entièrement remaniée qui accompagne, au Québec, la transformation de la condition féminine.

 

Saint-Denys Garneau

J’habite le paysage et le paysage m’habite. Or un nouveau-venu viendra au lieu préparé. Et moi, habitation de celui que j’habite,

J’habiterai l’âme du spectateur lié.

Né à Montréal le 13 juin 1912, Saint-Denys Garneau passe son enfance à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier. De janvier 1934 à mars 1937, il peint sans relâche, collabore comme critique artistique à la revue La Relève et compose de la poésie. Dans le journal qu’il rédige parallèlement, il développe et précise, notamment sous le thème de l’habitation du paysage, des idées personnelles et originales sur la nature et la fonction de l’art. En mars 1937, le recueil de poésie qu’il publie, Regards et Jeux dans l’espace, marque un tournant décisif dans l’évolution de la poésie québécoise. Décédé tout près de la rivière Jacques-Cartier d’une crise cardiaque survenue le 24 octobre 1943, il a vécu les dernières années de sa vie au Manoir Juchereau-Duchesnay.